Melik Ohanian, échos du monde

Stuttering, de Melik Ohanian montré cet été au Centre régional d’art contemporain de Sète, est visible du 12 décembre au 6 février. J’avais rencontré l’artiste pour Arts magazine : AM90_MelikOhanian

Le site de la galerie : www.crousel.com

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Curiosité maladive

(ce texte est initialement paru dans Le 13 du mois n° 45-novembre 2014)

Que se passe-t-il dans la tête de Camille Henrot, artiste de 37 ans née en France, vivant à New York et passionnée par beaucoup de choses ? Un foisonnement d’images et d’objets. L’artiste, qui suit une carrière internationale, s’est notamment fait connaître en remportant en 2013 le Lion d’argent à la Biennale de Venise pour sa vidéo Grosse fatigue. En puisant dans les coulisses du Smithsonian Institution, institution de recherche scientifique américaine, elle y relevait le défi de raconter l’histoire de l’univers en 13 minutes, dans une suite envoûtante de fenêtres pop up.

The Pale Fox est à la fois la suite et le contre-pied de Grosse fatigue. On y retrouve une même volonté encyclopédique, mais qui s’est ici transformée en « curiosité maladive ». L’artiste évoque la manie bien humaine de toujours vouloir comprendre le monde qui nous entoure, notamment à travers les objets qui le constituent.

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Situé au cœur de l’université Paris7, le centre d’art et de recherche de Bétonsalon accueille souvent des expositions-dossiers, riches en données scientifiques ou de sciences sociales, entre ses murs de béton. Celle de Camille Henrot tient dans une seule pièce, montée pour l’occasion. Sol et murs sont d’un bleu criard. Une étagère excentrique court le long de la pièce, portant des objets et sculptures ou surmontant un amas de vieux objets électroniques. Au mur, photos et traits de pinceaux se mêlent. Le visiteur est partagé entre l’impression d’entrer dans la chambre d’un enfant et celle d’un génie, qui y aurait punaisé le fruit de ses recherches sur le vivant. Les quatre murs correspondent en effet à des moments de la vie, reliés à des éléments de philosophie chinoise. Du « principe de l’être : où tout commence », on progresse jusqu’au « principe des indiscernables: où les choses s’altèrent et disparaissent ».

Camille Henrot a une nouvelle fois rencontré des scientifiques pour ce projet, dialogues résumés dans le livret de l’exposition1(1). Elle ne cherche pourtant pas à transmettre un savoir scientifique, mais à approfondir des questions qui sortent de leur sujet, comme le paradoxe que constitue le fait de tuer un animal d’une espèce menacée pour l’exposer en alertant sur cette probable disparition. Foisonnante frise dont la fin touche le début, The Pale Fox rend évident que l’exhaustivité et l’organisation tant désirées sont irréalisables, mais contient largement assez d’idées pour contenter un cerveau humain.

1. A écouter ici aussi.

Camille Henrot, The Pale Fox. Du 20 septembre au 20 décembre. Bétonsalon. Centre d’art et de recherche. 9, esplanade Pierre Vidal-Naquet. Paris 13e. 11h-19h du mardi au samedi. TéL. : 01 45 84 17 56. http://www.betonsalon.net

L’exposition sera visible du 21 février au 10 mai 2015 au Westfälischer Kunstverein de Münster en Allemagne.

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Pétitionnez il en restera toujours quelque chose

On finirait presque par s’y habituer. Désormais, et sans considération de leurs qualités esthétiques, des spectacles et œuvres font l’objet de pétitions et de manifestations visant à interdire leur diffusion au nom de la dignité humaine ou de la morale. Des metteurs en scènes reconnus comme Romeo Castellucci en ont fait les frais récemment. Aujourd’hui, c’est au tour de Brett Baily et de son « exposition vivante » Exhibit B, à l’occasion de son passage en région parisienne ces prochaines semaines.

Cette nouvelle pétition (1), qui a malheureusement déjà recueilli plus de 10 000 signatures, souhaite voir Exhibit B interdite au motif qu’elle transformerait des humains en objets à la manière des expositions coloniales. Évidemment, les pétitionnaires n’ont pas vu l’œuvre dont ils demandent l’annulation, criant au leurre quant à son propos : « L’idée qu’un zoo humain de ce type, ouvert à toute la famille (gratuit pour les moins de 15 ans !) puisse faire reculer le racisme est ridicule, et l’exposition est une insulte à ceux et celles (dont une bonne partie des habitants des quartiers où est programmée l’exposition) qui se trouvent bien obligés de comprendre le racisme parce qu’ils le subissent quotidiennement. »

« L’un des ressorts du théâtre est de tendre le miroir d’un certain monde pour mieux l’interroger. C’est le sens de l’art », se défendent dans une lettre ouverte Jean Bellorini et José-Manuel Gonçalvès, directeurs du Théâtre Gérard Philipe et du 104, les deux lieux sommés de retirer l’oeuvre de leur programmation.

Pour avoir vu Exhibit B (lire 134_AM79_recit_bailey l’article paru dans Arts magazine), je conseillerais à ces personnes (si elles ne veulent vraiment pas voir la pièce), plutôt que de bloquer l’entrée de la salle, de se poster à sa sortie. Dans l’église des Célestins d’Avignon, où se tenait en 2013 l’installation-performance, nulle moquerie, mais un silence quasi religieux. Entrés un par un, comme l’a voulu Brett Bailey pour ne justement pas faire de cette œuvre un spectacle, les visiteurs étaient émus, bouleversés comme cela arrive de plus en plus rarement dans un monde où tout est lissé par un mouvement de fond. Dans la dernière salle, certains pleuraient avant de sortir, d’autres noircissaient de commentaires des feuilles laissées à cet effet. Les mots qu’on y lisait le plus souvent étaient « j’ai honte » et « merci ».

Mais un texte était peut-être plus significatif encore. Il était signé par Adama Cissoko, artiste et musicien participant. Il écrivait ceci : « Je me considère comme un médicament, car je pense que les gens sont malades, et que le racisme est une maladie, et avec Exhibit B nous pouvons les guérir. »

Souhaitons que la bêtise n’empêche pas le vaccin de continuer à faire son effet.

1. A Londres, les pétitionnaires ont eu gain de cause, et les représentations au Barbican ont été annulées. Lire la réponse des producteurs et diffuseurs de Brett Bailey.

Brett Bailey, Exhibit B. Du 27 au 30 novembre au TGP, Saint-Denis et du 7 au 14 décembre au 104, Paris.

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Arts magazine n°90

En kiosque Lisez l’édito

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EN BREF// Et Vice Versa

Récompensé en 2013 par un Lion d’or à la Biennale de Venise, Tino Sehgal s’est fait connaître en installant dans les espaces d’exposition des « œuvres » interprétées par des hommes et des femmes, danseurs, gardiens ou simples amateurs. Ses études d’art et de danse conceptuels à Berlin et Essen l’ont mené à transformer l’objet d’art en œuvre vivante mais aussi à travailler avec des danseurs et chorégraphes. C’est le cas à Duisburg, en Allemagne, où il présente dans le cadre de la Ruhr triennale (Sans titre) (2000), des soli dansés par trois chorégraphes, dont le Français Boris Charmatz, lui-même désormais auteur… d’œuvres proches de l’installation.

Le 30 août à 19h, les 13 et 14 septembre à 18h. 30€. www.ruhrtriennale.de

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 Peter Buggenhout. Entrée en matière

 

 

Peter Buggenhout « The Blind Leading the Blind » (Les aveugles guidant les aveugles), 2014 Plâtre, caoutchouc, aluminium, placoplâtre, bois, fer, poussière,plexiglas,  polyuréthane, polystyrène, textile Production Centre international d’art et du paysage Courtesy de l’artiste, Galerie Laurent Godin, Konrad Fischer Galerie © Aurélien Mole

Peter Buggenhout
« The Blind Leading the Blind » (Les aveugles guidant les aveugles), 2014
Plâtre, caoutchouc, aluminium, placoplâtre, bois, fer, poussière,plexiglas,
polyuréthane, polystyrène, textile
Production Centre international d’art et du paysage
Courtesy de l’artiste, Galerie Laurent Godin, Konrad Fischer Galerie
© Aurélien Mole

 

Objets, détritus, nature, êtres humains… Tous ces éléments s’agglomèrent, se tassent ou s’étalent, formant ce que l’on appelle notre environnement. Puisque le monde est un amalgame, une superposition infinie d’êtres vivants, Peter Buggenhout choisit de le représenter comme tel. « Le comportement des humains, des animaux, des plantes, l’Histoire… tout mène vers la complexité, constate l’artiste. L’empilement est une façon de regarder autour de nous. »

Chaque sculpture est le résultat d’une construction en strates. « Il y a toujours un rapport entre une chose et une deuxième, puis une deuxième et une troisième », explique-t-il.Venu à la sculpture après avoir développé une peinture de plus en plus complexe, Peter Buggenhout ne conçoit pas des formes aux contours nets mais des amas de fragments d’objets à regarder sous toutes les coutures.

Au Centre d’art de Vassivière, ses trois séries principales, qu’il enrichit depuis une dizaine d’années et qui s’influencent mutuellement, sont présentées. Dans la série « The Blind Leading The Blind » (Les aveugles guidant les aveugles), les détritus sont recouverts d’une couche de poussière industrielle, récupérée dans le port de Gand, où il réside. Des « Gorgo », emballages entremêlés de sang et de crin de cheval et les « Mont Ventoux », panses de vaches remplies de coton complètent le panorama.

 

Peter Buggenhout « Gorgo #23 », 2010 Peinture, crin de cheval, sang, bois, cadre de métal, cuir, cire, polyester,  papier, aluminium, polystyrène Courtesy de l’artiste et Galerie Laurent Godin © Aurélien Mole

Peter Buggenhout
« Gorgo #23 », 2010
Peinture, crin de cheval, sang, bois, cadre de métal, cuir, cire, polyester,
papier, aluminium, polystyrène
Courtesy de l’artiste et Galerie Laurent Godin
© Aurélien Mole

 

Dans le phare, lieu singulier qui offre à la fois un point de vue panoramique sur l’île et un espace sombre intimiste, une sculpture récente est présentée, qui n’appartient à aucune série en cours (et n’a d’ailleurs pas encore de titre). Après avoir cherché pendant deux ans comment introduire la couleur dans sa sculpture, Peter Buggenhout a trouvé en s’appropriant une structure de château gonflable défaite, comprimée et tordue. Comme pour signaler à son visiteur que le jeu est fini ? Au contraire. « Je suis quelqu’un de joyeux, affirme-t-il, il y a beaucoup d’espoir dans mon projet. »

Peter Buggenhout Titre en cours, 2014 Bois, fer, aluminium, plexiglas, plastique, peinture Production Centre international d’art et du paysage Courtesy de l’artiste Avec le soutien du Ministère flamand de la culture - Arts et patrimoine © Aurélien Mole

Peter Buggenhout
Titre en cours, 2014
Bois, fer, aluminium, plexiglas, plastique, peinture
Production Centre international d’art et du paysage
Courtesy de l’artiste
Avec le soutien du Ministère flamand de la culture – Arts et patrimoine
© Aurélien Mole

Les sculptures s’inscrivent dans l’architecture du centre. S’il a conçu l’exposition dans l’axe du bâtiment, installant une sorte de symétrie, Peter Buggenhout souligne qu’« il n’y a pas de perspective juste », mais autant de perspectives que de spectateurs. Loin d’imposer un regard, il invite à tourner autour de ses pièces, à en éprouver les contours et les points de vue.

 

Attraction/répulsion

Dans la Nef, l’immense sculpture qui accueille le visiteur ressemble à une étrange maison éventrée et emportée par une tempête. Elle impose le respect dû à une carcasse d’animal mythologique. Comment est-elle entrée ? De quoi est-elle faite ? Entre attraction et répulsion, les œuvres de Peter Buggenhout stimulent la curiosité.

Plâtre, caoutchouc, aluminium, placoplâtre, bois, fer, poussière,plexiglas,  polyuréthane, polystyrène, textile Production Centre international d’art et du paysage Courtesy de l’artiste, Galerie Laurent Godin, Konrad Fischer Galerie © Aurélien Mole

Plâtre, caoutchouc, aluminium, placoplâtre, bois, fer, poussière,plexiglas,
polyuréthane, polystyrène, textile
Production Centre international d’art et du paysage
Courtesy de l’artiste, Galerie Laurent Godin, Konrad Fischer Galerie
© Aurélien Mole

Loin des artistes faussement provocateurs, il ne propose pas des objets choquants mais plutôt de l’informe et de l’étrange. Sang, crin, panse d’animaux sont utilisés pour leur aspect technique et esthétique. Comme Baudelaire transforme sa charogne en objet poétique, Buggenhout fait du déchet une matière à rêver. Monstres marins, mondes abandonnés peuvent surgir à chaque instant de ses installations. Il est d’ailleurs étonnant de voir les réactions des spectateurs devant ses « Gorgo », se tenant à distance, demandant si des « petites bêtes » ne risquent pas d’en surgir. Des réticences qui expliquent aussi en partie l’absence des œuvres de Peter Buggenhout des collections publiques. Si le Frac Limousin tout proche possède une de ses sculptures (exposée jusqu’au 8 juin à l’Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers), peu d’institutions s’y risquent, craignant les bactéries.

Devant certaines pièces présentées encadrées de vitres, on s’interroge. Qui, de l’œuvre ou du visiteur, protègent ces parois ? Réponse de l’intéressé : « C’est l’idée qui est fragile. »

Peter Buggenhout, du 6 avril au 22 juin au CIAP, Vassivière. www.ciapiledevassiviere.com

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Arts magazine n°85

EAM85_couvt le numéro de mars ! Actuellement en kiosque

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