La photo, témoin de l’invisible

(chronique initialement parue dans Le 13 du Mois n°54, septembre 2015)

D’abord utilisée de manière commerciale, la photographie vole rapidement à la peinture sa fonction de portraitiste. Mais ce « procédé mécanique de reproduction », comme le qualifiait Baudelaire, ne reste pas longtemps cantonné à un instrument de copie du réel. Si les premiers artistes photographes cherchent à imiter la peinture en donnant à leurs images un grain proche de celui du coup de pinceau, elle a su depuis inventer ses propres langages et formats.

La frontière reste pourtant floue entre photographie d’actualité et artistique. Certaines images de guerre ou de société nous marquent profondément, comme pourrait le faire un tableau. Non seulement par leur sujet, mais aussi par leurs couleurs, leur composition ou l’émotion qu’elles dégagent. A l’inverse, des artistes développent un style documentaire pour photographier l’invisible, le tabou ou le quotidien.

Les photographies de la Biennale Photoquai témoignent du monde d’aujourd’hui, de ses tendances et de ses dérèglements. Le thème de l’édition 2015, « We are family », soulève une question importante : comment rendre visible un sentiment d’appartenance ? Les sujets choisis, plus ou moins mis en scène, sont nombreux, allant des mères célibataires marocaines aux intérieurs iraniens en passant par l’omniprésence des smartphones. Pour Namsa Leuba, née d’un père suisse et d’une mère guinéenne, le travail photographique devient une quête personnelle. En détournant des symboles sacrés guinéens, elle mêle influence européenne et sujets africains pour mieux rendre compte du mélange qui fait son identité.

Le Canadien Jeff Wall, exposé à la Fondation Henri Cartier-Bresson, va plus loin dans la manipulation du réel. Le photographe s’est fait connaître par ses tableaux photographiques, présentés dans d’immenses cadres rétroéclairés. On y voit des personnages ou des lieux, souvent ordinaires. Les images ne racontent rien, ou si peu, mais elles fascinent par leur réalisme étrange. Et pour cause : elles sont entièrement faites en studio avec décors et figurants, à partir de centaines de prises de vue superposées. En créant un décalage avec le réel, la photographie peut porter notre attention sur un monde invisible, et faire passer le quotidien du côté de la réflexion et du rêve.

Jeff Wall, « Smaller Pictures », du 9 septembre au 20 décembre, Fondation Henri Cartier-Bresson. www.henricartierbresson.org

Photoquai, du 22 septembre au 22 novembre. www.photoquai.fr

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