Ce que la culture nous fait

Voilà quelques mois, une amie m’a demandé un texte sur ce que représentait pour moi la culture. Bien que le sujet me touche, je n’y avais jamais mis les mots. C’est chose faite. 

Comme « le monde » regroupe un ensemble complexe de personnes et de choses, le terme « culture » désigne à lui seul une multitude. Difficile d’en donner une définition tant elle est diffuse et circulante, à la fois théorique et concrète, intellectualisée et immédiate.

Pour moi, la culture est faite des mots qui nous saisissent, des images qui nous accompagnent, des musiques qui nous transportent… Elle est fabriquée à partir du monde par des esprits sensibles qui nous offrent des moments de décalage, émotions et réflexions qui nous permettent ensuite de retourner grandis dans ce même monde. Une aide à la vie en somme, qui sublime les bons moments et aide à faire passer (à dépasser) les mauvais. Comme on se sent à la fois plus petit et plus fort devant le spectacle de la nature, la culture nous mène au-delà de notre propre vie.

Un objet culturel est une question et une réflexion offerte et ouverte à tous. Si l’art et la culture doivent servir à quelque chose, c’est sans doute à cela : nous faire sortir de nous-même. Atteindre une autre dimension, prendre une distance amusée ou analytique avec l’humanité et notre « moi ». Nous faire sortir pour mieux y revenir, les idées fraîches et recentrées. Le 10 décembre 2014, lors du rassemblement pour la culture organisé au Théâtre de la Colline à Paris, la chorégraphe Maguy Marin l’a exprimé ainsi : « L’art ne cesse de travailler à la perception d’une réalité bouleversante que la vie quotidienne nous dissimule et nous fait oublier. La peinture, la musique, la littérature, le théâtre, le cinéma ne sont pas les échappatoires d’une réalité pénible, c’est exactement l’inverse. Ce sont des moyens puissants et dynamiques pour se ressaisir d’une réalité en mouvement. »

Je ne viens pas d’un milieu « cultivé » ou intellectuel, même si mes parents ont toujours encouragé ma curiosité. Dans la région d’où je viens, les vaches et moutons sont plus nombreux que les œuvres d’art, surtout contemporaines. Je me suis souvent vue confrontée au problème du partage de la culture. Ce que tu aimes tant, ce dans quoi tu travailles, ça veut dire quoi ? Avec, plus que la question du « c’est quoi ? », celle du « et moi j’y ai droit, je peux comprendre ? » Et de fait non, on ne peut pas toujours comprendre. Moi-même je ne comprends et n’aime pas tout dans l’art. Et d’essayer d’expliquer que l’important ce n’est pas « quoi » mais ce que ça nous fait, quels sentiments, sensations, envies, dégoûts cela provoque en nous – comment cela nous remue.

On parle souvent, et aujourd’hui plus que jamais, de liberté d’expression, mais peut-être devrait-on d’abord penser la liberté de compréhension. Au-delà de personnages, de mouvements et de théories esthétiques, la culture est cette liberté-là. Il ne faut pas la voir comme un monstre sacré, constitué de règles et de majuscules. Elle est par nature une bibliothèque d’idées et d’élans, qui pour rester vivante, doit sans cesse se réinventer.

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A propos pascalinevallee

#journaliste #culture #art #voyage lespritdulieu.wordpress.com
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