Circulez, il y aura toujours à voir

[Article également publié sur www.extra-magazine.com]

Le festival Circulation(s) met en avant pendant plusieurs semaines au Centquatre, à Paris, une cinquantaine de jeunes photographes européens de tous horizons.

Faire circuler les images pour faire circuler les idées : telle est l’ambition de Circulation(s). Depuis 5 ans, le festival met en avant de jeunes photographes de divers pays européens, sélectionnés par un jury, et donne plusieurs cartes blanches à des artistes ou lieux. Qu’elles racontent la grande Histoire ou les petites, qu’elles soient d’une esthétique minimaliste, plasticienne ou léchée, les photographies rassemblées par le festival nous parlent de l’Europe d’aujourd’hui et des manières dont la jeune photographie peut s’en emparer.

Alexandra Polina, Generation 60

Alexandra Polina, Generation 60

Dans la Halle Aubervilliers, un air de Madison se mêle à des claquements de talons. Quelques femmes asiatiques de tous âges ont choisi cet endroit du Centquatre pour s’adonner à leur passion. La scène, significative de l’éclectisme du lieu et de Paris, contraste avec les photographies d’Alexandra Polina présentées juste à côté sur les cimaises de Circulation(s). La jeune femme, née en Ouzbékistan et émigrée en Allemagne, a construit une série mettant en scène des personnes émigrées après 60 ans. Tous, contrairement à nos femmes dansantes, se sentent en décalage avec leur nouveau pays, dont ils sont trop âgées pour apprendre la langue. En résultent des images poignantes d’un homme marchant littéralement à côté de ses chaussures ou d’un autre se tenant à du lierre comme à la recherche de nouvelles racines.

Juliette-Andrea ELIE, Fading Landscapes_2

Juliette-Andrea ELIE, Fading Landscapes

On découvre aussi des techniques singulières, comme celle de la Française Juliette-Andrea Elie, qui utilise avec habileté le papier calque dans ses « Fading Landscapes », ou l’imposant travail de post-production de la série « Events in nature » du Suédois Kristoffer Axén. Les sujets plus politiques ne sont pas en reste, notamment avec « The Sea Inside », série réalisée par Nikola Mihov dans une ville bulgare ravagée en juin 2014 par une vague encore inexpliquée ou « There are no homosexuals in Iran », dans laquelle Laurence Rasti aborde la question en photographiant de manière détournée des couples en quête d’un pays d’accueil.

Laurence Rasti, There are no homosexuals in Iran

Laurence Rasti, There are no homosexuals in Iran

Circulation(s), festival de la jeune photographie européenne, du 24 janvier au 8 mars 2015 au CENTQUATRE, 5 rue Curial, Paris (19e). Du mardi au vendredi de 13h à 19h. Week-end de 12h à 19h. Fermé le lundi. Gratuit. www.festival-circulations.com http://www.104.fr

En tournée :

Plusieurs festivals partenaires présenteront cette année une projection de l’édition 2015 : – Belfast Foto Festival (Irlande) – BIP Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège (Belgique) – Encontros da Imagem de Braga (Portugal) – Format Festival (Grande-Bretagne) – Fotografia Europea de Reggio Emilia (Italie) – Lódz Fotofestiwal (Pologne)

Le + : L’application Circulations permet de retrouver les biographies des photographes, leurs commentaires et les images, et même de jouer avec…

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Popup #3 Mark Jenkins

Avez-vous bien vu ce que vous avez cru voir ? Arrêtez-vous deux minutes et revenez en arrière. Oui c’est bien une forme humaine qui se trouve là accrochée au mur. Pas celle d’un SDF recroquevillé (comment aurait-il pu se placer perpendiculaire au mur ?) mais un immense amas de scotch encapuchonné. Quelques recherches Internet plus tard (c’est comme ça que ça marche dans la grande galerie de l’art des rues) vous découvrez que cet objet est signé Mark Jenkins.

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Adepte jusqu’à la démesure du moulage de formes humaines, l’artiste américain n’en est pas à sa première duperie. Avant de suspendre hors de portée des faux humains habillés de vrais vêtements, il a en déjà mis dans des poubelles, poignardés, suspendus tête en bas et même provoqué la stupeur à Bordeaux en faisant dépasser des jambes d’une fontaine.

Même si leur réalisme est troublant, c ne sont pas tant les sculptures en elles-mêmes qui importent ici que leur mise en situation. Alors qu’on a tendance à traverser la ville et le monde en coup de vent, ne déviant pas le regard d’un objectif incertain, elles brisent le flot du quotidien et forcent à arrêter son regard et son pas.

Beaucoup de photos sont visibles sur le site de Mark Jenkins

Des vidéos en anglais et en portugais montrent sa manière de travailler.

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Actualités parisiennes

Cette galerie contient 9 photos.

Échantillon partiel et partial de l’actualité des galeries parisiennes (et un peu ailleurs) http://www.rgalerie.com http://www.polkagalerie.com galerieouizeman.com galeriegaillard.com http://www.mainsdoeuvres.org http://www.festival-circulations.com

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Popup #2 Elisabeth Ballet

Le lundi les galeries sont fermées et beaucoup de musées aussi. Et puis il fait froid dehors, toujours, le lundi. Sans compter qu’il faut retourner au bureau, quand on en a un. Alors le web peut devenir un lieu de flânerie culturelle et de découverte d’artistes. Chaque début de semaine une petite fenêtre pop-up moins intrusive que les autres fera surgir sur vos écrans un/e artiste, connu/e ou non. Ce seront aussi autant de petites pièces de l’encyclopédie personnelle que je construis au fil des expositions et rencontres (je m’impose toutefois comme contrainte qu’il y ait suffisamment d’images et/ou de vidéos de l’artiste sur le net, ce qui en écarte malheureusement pas mal…).

Le domaine de Kerguéhennec, situé dans le Morbihan, est un petit paradis pour ceux qui aiment autant la nature que l’art contemporain. Créé en 1986, il réunit dans son parc des commandes de collections publiques (Fnac, Cnap, Frac Bretagne et département) à des artistes comme Rainer Gross, Giuseppe Penone, Richard Long ou Marina Abramovic… C’est en faisant le parcours sud que j’ai découvert au creux d’une petite vallée Trait pour trait, d’Elisabeth Ballet.

Elisabeth_Ballet_Trait pour trait (c) Domaine de Kerguéhennec

D’abord on ne voit qu’une cage aux fins barreaux. Elle contient la même chose que ce qui l’entoure : des herbes, du vent, du ciel selon où l’on se place. Ouverte au sommet, elle est tout de même dotée d’une porte, ouverte. Cela peut sembler absurde et vain d’avoir placer là cette structure d’acier, mais elle produit un effet esthétique et poétique.

Trait pour trait est d’abord une manière de refléter le paysage, comme l’explique l’artiste : « Les arbres, encerclant totalement la clairière, sont devenus mes modèles, leurs longs fûts verticaux se sont convertis en barres d’acier formant un cercle, trait pour trait avec le paysage. » Mais c’est aussi une expérience physique de l’espace, prison ouverte qui délimite le regard tout en l’invitant à la dépasser. Structure passive qui pourtant active notre imaginaire.

2013-06-28 15.02.15

Que ce soit en extérieur ou en intérieur, Élisabeth Ballet a une vision graphique et sensorielle de la sculpture, à expérimenter. 

Outre le site www.elisabethballet.net (coup de cœur pour la magnifique Collection de sable), on pourra voir de courts portraits ici et  et « rentrer dans la cage » grâce à Etienne Taburet.

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Nouvelle rubrique/ pop-up#1

Le lundi les galeries sont fermées et beaucoup de musées aussi. Et puis il fait froid dehors, toujours, le lundi. Sans compter qu’il faut retourner au bureau, quand on en a un. Alors le web peut devenir un lieu de flânerie culturelle et de découverte d’artistes. Chaque début de semaine une petite fenêtre pop-up moins intrusive que les autres fera surgir sur vos écrans un/e artiste, connu/e ou non. Ce seront aussi autant de petites pièces de l’encyclopédie personnelle que je construis au fil des expositions et rencontres (je m’impose toutefois comme contrainte qu’il y ait suffisamment d’images et/ou de vidéos de l’artiste sur le net, ce qui en écarte malheureusement pas mal…).

Pop-up#1 : Helena Almeida

Seducir, 2003

Née en 1934 à Lisbonne où elle vit et travaille, Helena Almeida a été très présente sur la scène des avant-gardes des années 1970. On la connaît peu en France, mais elle a fait l’objet de quelques expositions et articles

J’ai remarqué ses œuvres sur la foire Paris Photo 2014. Plusieurs séries étaient présentes sur les stands des Filles du Calvaire et de Filomena Soares. J’ai été saisie par leur capacité à raconter beaucoup avec très peu de moyens. Souvent en noir et blanc, ses photos montrent des mains devenues personnages, des corps devenus métaphores. 

Perdão I, 2006

Difficile de classer Helena Almeida. Elle ne se dit pas vraiment photographe – c’est son mari qui déclenche l’appareil – mais refuse le terme de performeuse. Et de fait, ses actions ne sont pas visibles en dehors des images capturées, même si elle fait des dessins préparatoires, parfois montrés. Elle m’a rappelé l’artiste espagnole Esther Ferrer, qui dit avoir fait beaucoup d’autoportraits parce que c’était le modèle le plus pratique et le moins cher. Bien que mises en scène, ses photos véhiculent une spontanéité et une simplicité vivifiantes, dans un geste finalement plus proche de la danse que de l’immortalisation photographique.

En plus des liens insérées dans ce texte, on pourra regarder cette présentation vidéo dans son atelier (en français) , visiter virtuellement son exposition à la galerie Filomena Soares à Lisbonne, ou bien flâner sur Google images… 

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Nos mots seront toujours des armes

Le matin s’était pourtant levé sereinement sur un Paris noyé dans le brouillard. On ne voyait pas à 10 mètres. Mais le voile blanc comme neige s’est bientôt teinté de rouge. Peu à peu le sang et la rumeur se répandent. Attentat au siège de Charlie Hebdo. On parle de morts, de kalachnikov. « Les gens ont peur ? », nous demande-t-on d’ailleurs. Non, les gens ont froid. Certains continuent de presser le pas sans savoir. Les journalistes plantés là près de la station de métro Richard-Lenoir allongent leurs mines tristes à mesure de l’identification des morts. Cabu, Charb, Tignous. Wolinski aussi. 12 personnes sont mortes, d’autres sont blessés. Nous sommes abattus par la violence des faits : ça s’est passé.

Nous restons sans mots et en même temps le besoin de relayer, d’écrire s’impose. Alors on reste. Les terroristes, puisque c’est comme ça qu’ils sont vite qualifiés, savaient qui ils cherchaient. Après avoir déchargé leurs armes sur l’assemblée réunie en conférence de rédaction, ils sont repartis dans leur voiture, satisfaits d’avoir « vengé Mahomet », tuant au passage deux policiers. Les caricatures du prophète publié (entre autres) par le journal sont-elles la cause directe de ce geste? Pour l’instant on ne le sait pas, mais le lien se fait dans les conversations.

Il n’y a plus grand chose à apprendre mais on reste accrochés au flux de Twitter comme on fixerait une rivière. Comme si reconstituer le paysage du drame le rendait moins effrayant. Les faits sont là. Dans une société où plus rien ne se veut tabou mais où tout reste conflictuel, un journal diffusé à 45000 exemplaire reste un pouvoir, une forteresse à défendre. Et cette pensée s’impose, à la fois force et danger, que nos mots et nos traits seront toujours des armes. L’essence des médias, qu’ils soient politiques, urbains, culturels ou sportifs n’est-elle plus d’ouvrir le dialogue, de faciliter l’analyse? Le choc passé, il ne faut pas céder à la peur mais prendre conscience de cette forteresse et la rebâtir.

17h. La nuit tombe déjà, et on ne veut pas qu’elle tombe. Car à présent le compteur commence à tourner. 1 jour, 1 mois, 1 an après l’attentat, qu’en dira-t-on encore ? Sur les réseaux sociaux, les indignations et hommages se succèdent. Plutôt qu’un anniversaire glacé, nous voudrions une éclosion : que les dessins de Charlie Hebdo et beaucoup d’autres soient largement diffusés, fleurissent comme mauvaise graine sur la toile et dans nos esprits. Non pas pour commémorer, mais pour remplacer la haine et la peur par la tolérance et l’ouverture.

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Melik Ohanian, échos du monde

Stuttering, de Melik Ohanian montré cet été au Centre régional d’art contemporain de Sète, est visible du 12 décembre au 6 février. J’avais rencontré l’artiste pour Arts magazine : AM90_MelikOhanian

Le site de la galerie : www.crousel.com

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