(Human) nature in New Zealand

En février-mars 2016, tandis que les Français guettaient la montée des degrés sur leur thermomètre hivernal, je suis partie au bout du monde. Pendant cinq semaines, j’ai parcouru la Nouvelle-Zélande avec un photographe. Nous avons ramené beeeaaauuucoup de photos et de matière pour des articles et des choses plus artistiques. Un compte Instagram, tenu sur le vif (dans la limite des connexions Wifi disponibles) vous donnera un premier aperçu de notre projet en cours « (Human) nature in New Zealand », qui explore les relations, plus complexes qu’on ne le croit, entre les Kiwis et leur environnement.

NZ-Instagram-036#endoftheroad #NewZealand

Une photo publiée par (Human) nature in New Zealand (@human_nature_in_new_zealand) le 13 Mars 2016 à 1h44 PST

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Hors cadre

(chronique initialement parue dans Le 13 du Mois n°56, novembre 2015)

Ceux qui ont déjà eu l’occasion de voir une même œuvre d’art dans deux lieux différents l’ont peut-être constaté : on ne la perçoit pas de la même manière si elle est posée sur un socle ou à même le sol, entourée par d’autres ou isolée, présentée dans un lieu blanc et vide ou un bâtiment du XVIIe siècle et ses meubles. Basée sur cette relation entre les œuvres et leur lieu de présentation, la scénographie semble s’être largement développée ces dernières décennies.

Depuis les années 1970, certains artistes l’incluent dans leur pratique en englobant l’espace d’exposition dans leurs œuvres. Celles-ci ne sont plus seulement un tableau ou une sculpture, mais un ensemble constitué de différents éléments. Ce que l’on désigne désormais par le terme d’« installation » s’ouvre à de nouveaux médiums comme la vidéo (l’artiste sud-coréen Nam June Paik est un des maîtres du genre), mais permet surtout d’inclure le monde lui-même, que ce soit par le biais d’objets ordinaires ou d’éléments évolutifs tels des plantes, objets mobiles ou même des animaux. D’autres fois, l’installation évoque le contexte de création de l’œuvre, par exemple lorsque sont disposés autour d’une vidéo des objets ou décors en lien avec l’image à l’écran. Comme toujours, la multiplication amène le doute : et si cet engouement pour la scénographie n’était qu’un enrobage à la mode qui ferait passer pour talentueuses des œuvres autrement faibles? S’arrêterait-on sur ces photos ou cette vidéo si elles n’étaient pas ainsi mises en scène ? La question n’est pas tranchée et mérite d’être régulièrement posée.

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Vue de l’exposition Co-Workers: Beyond Disaster, Bétonsalon – Centre d’art et de recherche, Paris, 2015. Melissa Dubbin & Aaron S. Davidson ; Eclogite ; Myrmomancy, 2015, Formica rufa, sulfate de calcium (gypse) ; Ellipse 1-4, 2015, argile cuite. Image © Aurélien Mole.

Melissa Dubbin et Aaron S. Davidson aiment raconter des histoires. Ils impliquent pour cela souvent des protagonistes, qu’ils soient hypnotiseurs, joaillière, artiste… Au centre d’art Bétonsalon, le duo montre Myrmomancy, œuvre divisée en cinq parties installées de part et d’autre d’ouvertures percées dans les murs. Dans ces interstices, on voit des fourmis affairées, des diapositives projetées au ras du sol ou encore une roche. En isolant un élément des autres, rien n’indiquerait que l’on se trouve devant un travail artistique, mais le tout construit un ensemble narratif qui fait œuvre. En écho à une nouvelle d’Ursula K. Le Guin, ils entraînent le visiteur dans l’exploration d’autres langages que celui des humains.

L’emplacement choisi n’est pas anodin. Celui qui passe la tête dans un espace habituellement caché s’attend d’une certaine manière à accéder à un autre monde. Dans ce périmètre décalé, le visiteur est immergé dans l’univers des artistes et en accepte les règles. En développant l’œuvre hors de son cadre, ceux-ci brouillent la frontière entre réalité et art. Faisant de ce dernier le point de départ d’une ligne narrative qu’il nous revient de tracer.

Co-Workers, Beyond Disaster, jusqu’au 30 janvier 2016 à Bétonsalon, 9 Esplanade Pierre Vidal-Naquet. 11h-19h du mardi au samedi. Gratuit. Tél. : 01 45 84 17 56. www.betonsalon.net

Pascaline Vallée

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Ce que la culture nous fait

Voilà quelques mois, une amie m’a demandé un texte sur ce que représentait pour moi la culture. Bien que le sujet me touche, je n’y avais jamais mis les mots. C’est chose faite. 

Comme « le monde » regroupe un ensemble complexe de personnes et de choses, le terme « culture » désigne à lui seul une multitude. Difficile d’en donner une définition tant elle est diffuse et circulante, à la fois théorique et concrète, intellectualisée et immédiate.

Pour moi, la culture est faite des mots qui nous saisissent, des images qui nous accompagnent, des musiques qui nous transportent… Elle est fabriquée à partir du monde par des esprits sensibles qui nous offrent des moments de décalage, émotions et réflexions qui nous permettent ensuite de retourner grandis dans ce même monde. Une aide à la vie en somme, qui sublime les bons moments et aide à faire passer (à dépasser) les mauvais. Comme on se sent à la fois plus petit et plus fort devant le spectacle de la nature, la culture nous mène au-delà de notre propre vie.

Un objet culturel est une question et une réflexion offerte et ouverte à tous. Si l’art et la culture doivent servir à quelque chose, c’est sans doute à cela : nous faire sortir de nous-même. Atteindre une autre dimension, prendre une distance amusée ou analytique avec l’humanité et notre « moi ». Nous faire sortir pour mieux y revenir, les idées fraîches et recentrées. Le 10 décembre 2014, lors du rassemblement pour la culture organisé au Théâtre de la Colline à Paris, la chorégraphe Maguy Marin l’a exprimé ainsi : « L’art ne cesse de travailler à la perception d’une réalité bouleversante que la vie quotidienne nous dissimule et nous fait oublier. La peinture, la musique, la littérature, le théâtre, le cinéma ne sont pas les échappatoires d’une réalité pénible, c’est exactement l’inverse. Ce sont des moyens puissants et dynamiques pour se ressaisir d’une réalité en mouvement. »

Je ne viens pas d’un milieu « cultivé » ou intellectuel, même si mes parents ont toujours encouragé ma curiosité. Dans la région d’où je viens, les vaches et moutons sont plus nombreux que les œuvres d’art, surtout contemporaines. Je me suis souvent vue confrontée au problème du partage de la culture. Ce que tu aimes tant, ce dans quoi tu travailles, ça veut dire quoi ? Avec, plus que la question du « c’est quoi ? », celle du « et moi j’y ai droit, je peux comprendre ? » Et de fait non, on ne peut pas toujours comprendre. Moi-même je ne comprends et n’aime pas tout dans l’art. Et d’essayer d’expliquer que l’important ce n’est pas « quoi » mais ce que ça nous fait, quels sentiments, sensations, envies, dégoûts cela provoque en nous – comment cela nous remue.

On parle souvent, et aujourd’hui plus que jamais, de liberté d’expression, mais peut-être devrait-on d’abord penser la liberté de compréhension. Au-delà de personnages, de mouvements et de théories esthétiques, la culture est cette liberté-là. Il ne faut pas la voir comme un monstre sacré, constitué de règles et de majuscules. Elle est par nature une bibliothèque d’idées et d’élans, qui pour rester vivante, doit sans cesse se réinventer.

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La photo, témoin de l’invisible

(chronique initialement parue dans Le 13 du Mois n°54, septembre 2015)

D’abord utilisée de manière commerciale, la photographie vole rapidement à la peinture sa fonction de portraitiste. Mais ce « procédé mécanique de reproduction », comme le qualifiait Baudelaire, ne reste pas longtemps cantonné à un instrument de copie du réel. Si les premiers artistes photographes cherchent à imiter la peinture en donnant à leurs images un grain proche de celui du coup de pinceau, elle a su depuis inventer ses propres langages et formats.

La frontière reste pourtant floue entre photographie d’actualité et artistique. Certaines images de guerre ou de société nous marquent profondément, comme pourrait le faire un tableau. Non seulement par leur sujet, mais aussi par leurs couleurs, leur composition ou l’émotion qu’elles dégagent. A l’inverse, des artistes développent un style documentaire pour photographier l’invisible, le tabou ou le quotidien.

Les photographies de la Biennale Photoquai témoignent du monde d’aujourd’hui, de ses tendances et de ses dérèglements. Le thème de l’édition 2015, « We are family », soulève une question importante : comment rendre visible un sentiment d’appartenance ? Les sujets choisis, plus ou moins mis en scène, sont nombreux, allant des mères célibataires marocaines aux intérieurs iraniens en passant par l’omniprésence des smartphones. Pour Namsa Leuba, née d’un père suisse et d’une mère guinéenne, le travail photographique devient une quête personnelle. En détournant des symboles sacrés guinéens, elle mêle influence européenne et sujets africains pour mieux rendre compte du mélange qui fait son identité.

Le Canadien Jeff Wall, exposé à la Fondation Henri Cartier-Bresson, va plus loin dans la manipulation du réel. Le photographe s’est fait connaître par ses tableaux photographiques, présentés dans d’immenses cadres rétroéclairés. On y voit des personnages ou des lieux, souvent ordinaires. Les images ne racontent rien, ou si peu, mais elles fascinent par leur réalisme étrange. Et pour cause : elles sont entièrement faites en studio avec décors et figurants, à partir de centaines de prises de vue superposées. En créant un décalage avec le réel, la photographie peut porter notre attention sur un monde invisible, et faire passer le quotidien du côté de la réflexion et du rêve.

Jeff Wall, « Smaller Pictures », du 9 septembre au 20 décembre, Fondation Henri Cartier-Bresson. www.henricartierbresson.org

Photoquai, du 22 septembre au 22 novembre. www.photoquai.fr

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Intouchable ?

(Chronique parue dans une version courte dans Le 13 du Mois n° 55, octobre 2015)

Christian Boltanski, Dispersion, 1991-2015 Photo: Marc Domage

Christian Boltanski, Dispersion, 1991-2015
Photo: Marc Domage

Combien de fois n’a-t-on pas entendu, dans un musée ou une galerie d’art, un parent lancer à son enfant aux grands yeux, ou une amie à son amant curieux, l’interdiction teintée de crainte : « Touche pas ! » Comme si d’un coup d’index l’œuvre allait se réduire en miettes ou déclencher un piège digne d’Indiana Jones. Parfois, un nez trop avancé fait retentir une de ces sonneries désagréables ou l’apostrophe d’un gardien. On touche avec les yeux, avec ou sans flash ; c’est la règle dans les lieux d’art. Loin de nous l’idée de vous encourager à la transgression. Mais à force de ne pas toucher, on ne sait plus très bien pourquoi on ne le fait pas. A cause du risque d’abîmer, c’est sûr, pour ne pas être pris pour un voleur, sans doute. Mais encore ?

Aura

Avec Take Me (I’m Yours), la Monnaie de Paris se penche sur cette sanctuarisation de l’art. Le commissaire d’exposition Hans Ulrich Obrist et l’artiste Christian Boltanski, rejoints par Chiara Parisi, directrice des programmes culturels de la Monnaie, reprennent une exposition conçue en 1995 à Londres. Ou plutôt la « rejouent », comme on reprendrait une partition avec différents interprètes. Les artistes de l’exposition initiale sont présents (parmi lesquels Franz West, Wolfgang Tillmans ou Hans-Peter Feldmann), ainsi qu’une trentaine de nouveaux venus. Tous remettent en question le caractère sacré de l’œuvre d’art, son aura qui tient parfois trop à distance les spectateurs.

Les installations de cette exposition à emporter sont toutes formées d’une accumulation de petits éléments, qui vont soit disparaître (le tapis de bonbons de Felix Gonzalez-Torres, les vêtements de Christian Boltanski, les badges de Gilbert & George…), s’augmenter (l’affichage participatif de Gustav Metzger) ou être remplacés (le troc de Roman Ondák). L’art n’est plus un objet à regarder, mais il est voué à la « dispersion », selon le titre de l’œuvre de Christian Boltanski qui occupe le salon central.

Felix Gonzalez-Torres, “Untitled” (Revenge), 1991 © The Felix Gonzalez-Torres Foundation Photo: Marc Domage

Felix Gonzalez-Torres, “Untitled” (Revenge), 1991
© The Felix Gonzalez-Torres Foundation
Photo: Marc Domage

Goodies

Dans l’adoration, le fétichisme n’est jamais très loin. Si certaines n’osent pas s’approcher des statues religieuses, d’autres les patinent. Touchez ce saint, vous aurez la santé. Take me (I’m Yours) prend ce risque en jouant avec une autre tendance terrible : celle des goodies. Comprenez cartes postales, stylos, badges et autres gadgets, ces tonnes de mini souvenirs dont regorgent désormais les boutiques des expositions. Ouvrons notre sac (car oui, on vous donne un sac à l’entrée, pour faire votre « shopping ») : posters, badges, confetti, cartes postales, objet(s), bonbons, flacons d’eau de rose… Que sera ce poster rouge ou ce bonbon une fois rentré chez vous ? Rien qu’une paillette tombée de la couronne d’apparat.

Hans-Peter Feldmann, Postcards Photo: Marc Domage

Hans-Peter Feldmann, Postcards
Photo: Marc Domage

Surgit dans l’ombre de ce fonctionnement inédit la question qui poursuit l’art depuis qu’il est devenu conceptuel : qu’est-ce qui fait sa définition et sa valeur ? Sortie du musée, une chemise reste une chemise, avait-elle été posée là par un artiste. Les cartes postales de Paris disposées par Hans-Peter Feldmann sur les murs d’une salle en sont un bon exemple. Dans l’exposition, elles forment une œuvre, nommée Postcards. Arrachée par vous à cet ensemble, chacune retourne à son statut initial. Seule différence, vous vous souviendrez l’avoir prise ici (ou bien vous l’oublierez et vous l’enverrez avec vos bons baisers de Paris).

Rituel

On a du mal à parler d’œuvres tant elles ne prennent pas la forme d’objets déterminés. Ici, l’exemplaire unique ou du moins original disparaît au profit de l’illimité. Au risque de se perdre dans la dispersion? On passera à côté de certaines interventions, au sens propre comme au sens figuré. Par ce mode de fonctionnement, Take Me (I’m Yours) veut mettre en avant la place du visiteur et son implication. Courant par là-même le risque qu’il rejette la proposition.

Pour avoir un impact, l’art doit se démarquer du quotidien. Si elle demande au visiteur d’agir, l’exposition reste un rituel, un parcours initiatique avec une marche à suivre. Les commissaires et les artistes de Take Me (I’m Yours) ne se contentent pas de créer une bulle de partage dans un monde régi par le marché : ils cherchent à renouveler l’image de l’art, à le désacraliser sans pour autant le banaliser. Et rappeler ainsi qu’il n’est pas qu’une série d’objets intouchables, mais aussi – et avant tout – un ensemble d’idées à disperser.

Take Me (I’m Yours), jusqu’au 8 novembre à la Monnaie de Paris, 11, Quai de Conti, Paris 6e. 11h-19h tlj (11h-22h le jeudi). 8€-12€. http://www.monnaiedeparis.fr

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Faut-il refaire le mur?

(chronique initialement parue dans Le 13 du Mois n°53, juillet-août 2015)

Des femmes et des hommes qui s’étalent sur 5 étages, des poteaux qui vous regardent de leur œil cyclopéen, des animaux de toute sorte au détour d’un mur… Dans le 13e comme dans bien des coins de villes du monde, le street art est partout, que ce soit sous la forme de tags, de grandes fresques murales ou par l’appropriation des panneaux de circulation et de mobilier urbain. Politique, ludique, esthétique ou les trois à la fois, l’art urbain ne parle pas d’une seule voix. On rassemble sous son étiquette tous ceux qui balancent avec plus ou moins de tact leurs couleurs sur la ville. Quelle que soit leur technique et leur message, ils ont en commun de créer sur et avec la rue.

Longtemps considéré comme du vandalisme, le street art est devenu un passage obligatoire pour toute collectivité qui veut être populaire. L’officiel côtoie désormais le sauvage. A Paris, Jef Aérosol a ainsi étalé ses couleurs tout près du Centre Georges Pompidou, tandis que dans le 13e, un parcours dessiné par la Mairie relie des œuvres de Shepard Fairey ou C215. Faut-il s’en plaindre? Les puristes s’en chargeront, arguant qu’autrefois on sortait les bombes par rage contre l’ordre établi et non pour faire monter sa cote de popularité. Aujourd’hui, la durée de vie des fresques s’est allongée, et les artistes sortent de plus en plus à visage découvert. Même s’il s’en dégage toujours une belle énergie, leurs traits sont plus sages, plus proches de l’illustration que de l’action.

Le street art est-il soluble dans la société de l’image ? L’envie de se démarquer a toujours poussé les artistes à innover, à voir plus grand, plus haut, plus sophistiqué… La saturation de tags puis d’images est sans cesse contrée par une nouvelle tendance. Jusqu’à quand ? Peut-être ne reste-t-il plus désormais qu’à effacer les murs, comme l’ont fait Moose ou Osario en utilisant le Reverse graffiti. Mais cette technique, qui consiste à tracer des traits clairs en enlevant la saleté d’une surface, a déjà fait le tour du monde… utilisée, aussi, par des marques à des fins publicitaires.

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Stephen Shore, à contre-courant

Aux Rencontres de la photographie d’Arles, une exposition retrace le parcours de l’Américain Stephen Shore. L’occasion de mettre en perspective des périodes aux esthétiques différentes mais qui poursuivent toujours un même but : remettre en cause les conventions de la photographie et de l’art en général.

 

Stephen Shore, Neuvième avenue ouest, Amarillo, Texas, 2 octobre 1974, série « Uncommon places ». Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la 303 gallery, New York.

Stephen Shore, Neuvième avenue ouest, Amarillo, Texas, 2 octobre 1974, série « Uncommon places ». Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la 303 gallery, New York.

L’histoire commence un peu comme un roman. Très tôt attiré par la photographie, Stephen Shore reçoit pour ses 10 ans le livre American Photographs de Walker Evans. Sa vocation est née. A 14 ans, il s’en va montrer ses clichés à Edward Steichen, alors conservateur au MoMa de New York. A 23 ans, il expose au non moins prestigieux Metropolitan Museum. De ses débuts aux récentes séries, la rétrospective présentée à l’Espace Van Gogh offre une vue d’ensemble sur son travail.

Un outil artistique

S’il a très tôt connu le succès, Stephen Shore n’a rien d’un opportuniste. Dès le début des années 1970, il multiplie les expérimentations, parfois déroutantes pour ses contemporains. Utiliser un appareil photo pour enfants, photographier un ami toutes les 30 minutes pendant 24h, transformer des bâtiments banals en cartes postales dénuées de toute indication de lieu sont autant de règles du jeu qu’il se fixe. Des protocoles parfois proches de la performance, le corps du photographe, son déplacement ou son immobilité devenant une part essentielle de l’histoire que raconte le cliché qui en résulte. A cette époque, la photographie n’a pas encore un statut artistique bien défini. Elle est utilisée parmi d’autres médiums par des artistes comme Ed Rusha, que Shore découvre en 1968, ou Andy Warhol, dont il intégrera la Factory quelques temps. Stephen Shore explore lui aussi les possibilités de ce nouvel outil. Et y trouve une liberté de plus en plus grande, qui fait sa renommée.

Exposition Stephen Sore, espace Van gogh, Arles, juillet 2015.

Exposition Stephen Sore, espace Van gogh, Arles, juillet 2015. c. Cécile Degremont

Une vie de questions

L’exposition présente les séries marquantes comme « American Surfaces » ou « Uncommon Places », mais aussi d’autres moins vues, montrant notamment paysages de forêts ou de déserts et vestiges archéologiques. A resituer les images dans leur époque, on finirait par croire que c’est par esprit de contradiction que Stephen Shore magnifie la couleur quand elle est mal considérée, ou décide en 1991, alors qu’elle est devenue reine, de photographier pendant 10 ans en noir et blanc. Prendre des photos de rue à la chambre, alliant ainsi un procédé encombrant à un sujet réputé fugace, relève aussi d’un sacré défi. A travers ces différentes contraintes, le photographe cherche en fait des réponses. « Je m’interroge sur les conventions dans la société et sur les miennes, explique-t-il. Pourquoi j’avais accepté tel code ? J’interroge cela. » Casser pour mieux reconstruire. Mettre sur papier glacé des lieux ordinaires pour voir ce qui fait qu’un lieu devient touristique, coincer un morceau de paysage où il ne semble rien y avoir d’intéressant pour capter une sorte d’attention pure, sans objet, et donc apte à réfléchir sur elle-même.

One shot

Les dernières séries présentées, en Israel et à Winslow, Arizona, semblent davantage pencher vers le photo-reportage. Au-delà du fait que Stephen Shore retourne avec Winslow sur un des décors d’« American Surfaces », ces séries sont pourtant bien dans le droit fil des précédentes. Le photographe y déploie la même attention à capter l’atmosphère d’espaces habités par une culture, au travers de leur architecture et d’autres traces humaines. Et surtout, contrainte suprême, même s’il a pour celles-ci utilisé un appareil numérique, Stephen Shore continue de ne s’accorder qu’une seule photo pour saisir son sujet. Une restriction qui pourrait constituer un grand défi pour bon nombre de photographes.

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Exposition Stephen Sore, espace Van gogh, Arles, juillet 2015. Photos: Cécile Degremont.

Stephen Shore, jusqu’au 20 septembre à l’Espace Van Gogh, Arles, dans le cadre des Rencontres de la photographie 2015.

L’exposition sera en sept-décembre 2015 à Camera, centro italiano per la fotografia, Turin ; janvier-avril 2016 à C/O, Berlin et juillet-sept. 2016 Huis Marseille, Amsterdam.

http://stephenshore.net/

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