European trip (hiver 2009)

Récit fragmentaire de mon european trip

24/12/09

Est-ce que ça se fait de commencer un carnet de voyage avant d’être parti ? Je pars demain et déjà je me dis que ça y est : au nez et à la barbe du Père Noël, je me casse.

Aujourd’hui, grâce au hasard qui fait bien les choses, je suis allée voir une exposition au MAC/VAL, à Vitry-sur-Seine. Elle s’appelait « Je reviendrai » et parlait du voyage vu par les artistes d’aujourd’hui. Voyage lointain, singulier, parfois intérieur. Souvent filmé mais parfois aussi subjectif. Ainsi l’œuvre de Barthelemy Togo, basée sur une notion d’identité de plus en plus réduite à néant par nos vies devenues migratoires. De nombreux regards, directs ou décalés, comme souvent dans la collection du musée. Dans la dernière salle, une installation de Claire Fontaine m’a clignoté en néons « Please come back ». J’ai souri.

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25/12

Voyage en Thalys. Mon voisin a l’air si triste, et pourtant c’est lui qui m’offre un petit gâteau. Un ami lui a offert, m’explique-t-il, parce qu’il adore le chocolat. 26 ans, Mauritanien, il étudie en France depuis septembre. Enervé contre le système de son pays, il veut quand-même y retourner pour travailler une fois ses études finies. Je lui offre une barre de chocolat belge, espérant qu’il aime.

Amsterdam. Mon Noël a des odeurs de neige fondue et de feu de bois, qui sort des cheminées des péniches amarrées là. J’ai cherché les canaux, je les ai trouvés. J’ai cherché les sexe shops, je les ai trouvés. J’ai cherché les marins de la chanson de Brel. Pas vus. Sont-ils tous partis ? Ont-ils un jour existé ? Lumières et petites rues. La flânerie rêvée. Romantique. Deux fois plus fort du fait que je ne le partage qu’avec la ville, sans parole.

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26/12

Vondelpark. Les gens marchent avec leurs chiens. Moi je marche avec moi-même, tenant mon esprit en laisse loin devant, avide de toutes les odeurs. J’aime cette lumière dorée, mêlée au bleu de la neige et au vert pâle des écorces mouillées.

Direction le Musée Van Gogh. 10h10-12h20 : Paysages, Mangeurs de patates, lueurs. Tournesols. Bleu. Jaune d’or. Corbeaux. J’aurais bien aimé recevoir une lettre de Van Gogh.

A l’écart, Alfred Stevens étale son réalisme doré. Il semble avoir aimé les femmes pour leurs robes et leurs occupations de salon. On est loin de Sorrow, femme nue et recroquevillée de Van Gogh exposée dans le musée.

Café en sous-sol. La chaleur des pays froids. Plus tard, je tombe sur une rue où s’alignent plusieurs squats. Ils s’affichent en façade, tels des forteresse de libertés taguées de grands « boum ». Cette fille au bonnet noir qui veut y rentrer doit se placer bien visible au milieu de la rue pour qu’on lui entrouvre la barricade.

Le long des canaux, les maisons penchées ont des airs d’accordéon. Les jours sont trop courts.

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27/12

Dernière images d’Amsterdam, qui ressemble à un village calme ce dimanche matin. Voyage en train. Ai parlé avec un Allemand étudiant en maths. Il incarne à la perfection l’idée que je me fais de la rationalité allemande. Il aime Bach, mais aussi l’Indie-pop et la littérature française. L’art aussi, du moment « qu’il y a quelque chose à comprendre ». Natürlich.

Berlin. Après avoir visité à Amsterdam la maison d’Anne Franck, je suis fin prête pour ma grande leçon d’Histoire. Déjà, je dors en ex-RDA. Mon voisin de train m’a dit que cette partie était encore très marquée dans son architecture. Dans la nuit de 17h30, le quartier mal éclairé ressemble à n’importe quelle banlieue de derrière le périph’ parisien.

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28/12

Pluie. La ville est grise et froide, encombrée de touristes, de travaux et de manèges de Noël. Je ne comprends rien. Les métros/S-Bahn/bus/ »H », les rues anonymes (pour moi en tout cas, elles ne veulent rien dire), les trottoirs larges et humides… Je sais que l’impression est fausse, mais où aller pour retrouver des façades humaines ? Je ne me sens pas ein Berliner.

Le musée d’Histoire illustre les époques les plus récentes par des tableaux, pièces de mobiliers ou vêtements. En plus d’avoir révisé ma Guerre froide, je me fais maintenant une meilleure idée du XIXe siècle. Direction le Musée du Mur, au Checkpoint Charlie. Créé dès 1962, seulement un an après la construction du Mur, ce musée glorifie toutes les tentatives, réussies ou non, faites par les Berlinois pour passer ce « trait » qui rayait leurs vies. Leurs Résistants à eux. Les stratagèmes et complicités, les traitrises aussi, dressent un portrait multiple du Berlin de l’époque. De l’humanité, enfin. Dans le forum de la cathédrale, tous les rois et bergers se sont donnés rendez-vous. Gloria.

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29/12

Visite du Sammlung Scharf-Gerstenberg avec Carole, mon audioguide. Il y a plus de gardiens que de visiteurs, et pourtant, la collection est riche. Dieter Scharf a réuni des oeuvres surréalistes ou imprégnées de cet esprit, qu’il s’agisse de Goya, du Piranaise ou de Max Ersnt. Beaucoup de dessins, mais aussi des toiles et sculptures plus connues. Pour une fois, la figure de Breton s’efface au profit des autres. Les dessins de Christian d’Orgeix, l’exutoire poupée de Hans Bellmer ou encore l’art politique de Dubuffet.

Je ne sais pas si c’est à cause des 20 ans de la chute du Mur, mais le passé de l’Allemagne est très présent dans les musées d’art contemporain. A la galerie Berlinische, l’exposition Berlin 89/09 affiche cette volonté. Sous-titrée « Art Between Traces of the Past and Utopian Futures », elle joue avec les représentations de l’ère communiste, de la séparation et du Berlin underground. Au Hamburger Bahnhof Museum, magnifique ancienne gare reconvertie, le passé est très présent. L’exposition Vanités montre ainsi Mohn und Gedächtniss (Pavot et Mémoire) d’Anselm Kieffer, avion de plomb qui porte livres et fleurs grises sur ses ailes, rappelant l’espoir perdu après le génocide juif. Ailleurs, tandis que Hans Peter Feldman fait tourner un enchanteur manège de nouveaux fantasmes (caddie, poupée barbie…), Jochen Alexander Freydank expose avec Spielzeugland (Le Pays des jouets), un film d’une beauté touchante. Il raconte l’histoire de deux petits garçons, l’un juif et l’autre non. Pour ne pas effrayer ce dernier, sa mère lui fait croire que les juifs déportés embarquent pour le Pays des jouets. Mauvaise idée, car l’enfant fera tout pour y partir lorsque son ami sera à son tour arrêté.

Retour à la ville. Alexanderplatz, ancienne vitrine de la RDA. La tour de la télévision prend des airs de donjon fantastiques dans le brouillard.

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30/12

Prague. Ai vu la relève de la garde du château. Poupées mécaniques. Je me demande s’ils jouent encore cette petite pièce de théâtre quand ils sont seuls, sans touristes pour les voir. Sur la place, à côté du sapin de Noël, un soldat est payé pour monter la garde de ceux qui veulent se faire prendre en photo avec lui. Partout, les flashs. Avez-vous déjà remarqué qu’on ne regarde plus ce qu’on prend en photo ? L’appareil n’est pourtant pas une mémoire.

La ville est parsemée de monuments, d’horloges et de maisons particulières. Charme des petites rues. J’imagine Kafka déambuler, noircissant dans son cerveau les pierres de la capitale de la Bohème.

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31/12

15h à Vienne. Les Autrichiens ont fermé boutique pour se retrouver dans la rue. Scènes, cours de danse, déguisements, buvettes et pétards… Ils semblent fêter à la fois le Nouvel an, carnaval et la fête de la musique. A minuit, les rues deviennent un joyeux champ de guerre emfumé, où il faut éviter pétards et feux d’artifices sauvages.

Le lendemain, moins nombreux sont les spectateurs du concert du Nouvel an, retransmis sur grand écran devant l’hôtel de ville. Mais l’appel de la valse (et du vin chaud) est toujours le plus fort…

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02/01

La Maison de la musique est un étrange musée. Une fois passées les souvenirs sous vitrine de l’orchestre philarmonique de Vienne, le visiteur découvre deux étages d’expériences. Revenir dans le ventre de sa mère, moduler sa voix, entrer dans son oreille, ou encore danser sur la version lounge de La Flûte enchantée… Avant des dernières salles sagements consacrées aux grands compositeurs comme Strauss, Malher ou Mozart.   

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03/01

Sur le (long) chemin du retour, j’ai rencontré un couple. Elle, Allemande, travaille à Vienne, lui, Américain, à Genève. Ils ont vécu à Paris, à Venise, en Allemagne… Nous discutons de choses et d’autres, de voyage évidemment, des gens et de leurs différences. E-mails échangés, séparation dans un sourire, cette rencontre, comme tout mon voyage, me donne une certitude : il y a plusieurs moyens de voyager, et j’ai adoré celui-ci. Ouvrir son esprit, autant que ses yeux et plus que son porte-monnaie, laisse plus de souvenirs et enrichit davantage que n’importe quel autre.

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