Blog notes été 2011

Chaud les marrons

En jargon journalistique, un marronnier est un sujet traditionnel qui revient de manière cyclique et sur lequel il faut sans cesse chercher de nouveaux angles de vue. Ainsi les soldes, la rentrée, les vacances sont des marronniers. Un phénomène qui permet aux maillots de bain de s’étaler au JT de 20h devant les nouvelles tristes du reste du monde. Mais ceci est un autre combat.

Revenons à nos marrons. Bien que le vrai marronnier fasse plutôt parler de lui à l’automne, son avatar médiatique pousse surtout en été, notamment dans un environnement culturel. Ainsi les festivals comme Avignon ou les Vieilles charrues sont devenus des marronniers à part entière. De gros moments de travail mêlés de détente pour les journalistes, ces moments sont un challenge particulier pour les artistes comme pour les commentateurs de ce qu’ils produisent : comment intéresser les professionnels de la profession sans écarter les autres ?

Loin de moi l’envie (et la capacité) de répondre à cette question. D’autant qu’en vient immédiatement une deuxième : comment / faut-il avoir un avis sur tout quand on est journaliste ? Je me contenterai de faire des marrons à ma sauce, partageant après une semaine intensive de festivals (Avignon et Arles) des noms et thèmes qui m’ont interpellée. Qui sait, peut-être que cela construira quelque chose, pas tout de suite, maintenant, mais plus tard, quand sera passé le tourbillon.

***

Au son des astres oubliés

20 juillet 2011, 21h20. Dans la carrière de Boulbon, près d’Avignon, la sonnerie du festival retentit. On s’installe sous sa couverture, prêt à regarder les étoiles. Une seule viendra, filante : la voix de Betrand Cantat, pourtant exclu de plateau (pour l’histoire, lire ici https://pascalinevallee.wordpress.com/2011/04/09/b-le-maudit/). Accompagnée par les trois très bons musiciens Pascal Humbert, Bernard Falaise et Alexander MacSween, sa voix enregistrée plane sur la scène avec force, comme celle d’un absent hantant les vivants. (Il n’est pas mort pourtant, et jouera bien sur scène pendant la tournée de la pièce, à Nantes ou à Nanterre par exemple. L’effet sera-t-il le même ?). Il dialogue avec Déjanire, la femme meurtrière malgré elle de son mari Hercule, module sa voix, invoque le soleil ou le destin. Des femmes : Déjanire, Antigone, Electre. 6h30 de spectacle relatent leurs tragédies, noyées de larmes (représentées ici par seaux et bouteilles), criantes et raides.

Dans ce lieu poétique, fort, la tragédie-rock résonne. Pas de coulisses, tout est à vue, ou presque. On apprendra d’ailleurs que le metteur en scène, pour bien voir, s’était placé en haut de la falaise, déambulant là haut tandis que nous, en bas, nous endormions dans nos sièges.

En proposant au chanteur de feu Noir Désir de composer le chœur de Des femmes, le metteur en scène québécois Wajdi Mouawad ne s’y était pas trompé, même si, sous la force de son chant, résonnant là dans l’ancienne carrière, la pièce peine à attirer l’attention.

***

De bites en blancs

Ce n’est pas mon genre de dire du mal des gens. Surtout à l’écrit, quand on se dit que tant de bonnes idées et de beaux gestes méritent d’être relatées. Mais cette année, quelque chose dans les Rencontres photographiques d’Arles m’a déçue.

 J’attendais plus d’audace d’une édition titrée « Non conforme ». Au lieu de quoi, l’exposition principale débute par un étrange manifeste : « Maintenant, nous sommes une espèce d’éditeurs. Tous nous recyclons, nous faisons des copier/coller, nous téléchargeons et remixons… » Dans ce manifeste, Clément Chéroux, Joan Fontcuberta, Erik Kessels, Martin Parr et Joachim Schmid annoncent le poing levé que les choses vont changer et que la photographie n’a jamais été aussi créative. Soit.

J’entre donc les yeux curieux, et là, déception. L’inspiration sur le web et autres signes de société, pourquoi pas. Mais certains gestes montrés dans cette exposition ressemblent à ceux de jeunes blasés d’un monde bardé d’images, fascinés par le creux et l’inutile. Pêle-mêle, collection de captures d’écrans de téléviseurs (que l’artiste a à chaque fois acheté, est-il précisé, comme si cela justifiait son geste), de couchers de soleil mais aussi de sexes, étalés sur deux murs comme des trophées de la société du web. « Plus créatif que jamais », ça ?

Dans ce fatras, quelques photographes captent quand même mon attention. Ainsi Domingo Milella, pour qui « photographier des paysages représente un grand privilège, la possibilité d’enrichir mon sens de l’orientation au milieu de la confusion et de la précipitation de notre époque ». Autres repères, ceux présents dans la série présentée par Pavel Maria Smejkal, images-événements (les chars de Tian An Men, Berlin…) réduites à leur arrière-plan.

Les îlots sont minces. Heureusement que d’autres expositions des Rencontres sont plus riches en bonnes découvertes (à lire bientôt), et qu’ailleurs dans la ville les propositions alternatives essaiment.

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