Faire du bruit

Elle commence par faire un geste circulaire avec la main au sol, puis se penche et remue les fesses. Un autre rejoint la scène, fait pareil. Elle sautille, il balance les bras. Quelques uns des 25 gestes, frénétiques ou posés, qu’effectuent les 24 danseurs de Levée des conflits de Boris Charmatz (voir la vidéo d’une répétition). Dans l’apparence et dans les faits, rien de spectaculaire à ce nouveau spectacle. Mais quelque chose charme, hypnotise. On renonce vite à reconstituer la « phrase », ensemble de gestes que vont recommencer les interprètes pendant 1h40 ( !!), pour se laisser hypnotiser. « Il y a un mouvement de plus que le nombre de danseurs, explique le chorégraphe. Il y a donc toujours un “trou” à combler, et c’est ce trou qui anime l’ensemble. »

On savait Charmatz endurant (N’est qu’à voir son Programme court avec essorage ), mais Levée des conflits relève de la transe. Une fois tous sur scène, les danseurs finissent pas reprendre la phrase ensemble, se regroupant au centre en formant un cercle tournant ou s’éparpillant sur la scène, sous les lumières bien posées d’Yves Godin.

Levée des conflits. Crédits Caroline Ablain

Levée des conflits devient presque métaphore d’une société normée. A un instant T, la scène ressemble à un ensemble de bruits, on saisit des bribes, de gestes comme de sons. Puis, on se rend compte que chacun répète l’autre et que tous ensemble, malgré leurs différences (de taille, de sexe, de couleur, d’habits), ils disent la même chose. Un geste ridicule ne l’est plus s’il est effectué par 24 personnes presque en même temps. Plus tard, chacun reprend son chemin, s’essouffle puis sort, disparaît de l’espace commun.

« Levée des conflits », apprend-on du programme, fait référence à la définition du neutre de Barthes : le neutre comme désir de la levée des conflits. « Levée » peut être pris dans les deux sens du terme. Interruption ou lancement ? Apaisement ou conflit ? Si le chorégraphe, directeur du Centre chorégraphique national de Bretagne et artiste associé du Festival Avignon 201, ne se revendique pas comme agitateur, sa création est pourtant loin de laisser neutre. 

Levée des conflits, de Boris Charmatz, du 26 au 28 novembre au Théâtre de la Ville, Paris. http://www.theatredelaville-paris.com

Publicités

A propos pascalinevallee

#journaliste #culture #art #voyage lespritdulieu.wordpress.com
Cet article a été publié dans arts vivants. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s